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Abbaye Notre-Dame du Nid au Merle
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Patrimoine - Abbaye

Fondée au début du XIIe siècle sur une terre ducale par l'ermite Raoul, disciple de Robert d'Arbrissel l'abbaye de Saint-Sulpice essaime rapidement d'une trentaine de prieurés en Bretagne et dans la vallée de la Loire en moins d'un demi siècle. L'ensemble monastique originel reprend la constitution originale du moûtier de Fontevrault : un monastère double dirigé par une abbesse auquel était annexé un prieuré d'hommes dits frères Condonats et sans doute d'autres prieurés de moniales. Un champs dit de la Magdeleine, atteste probablement de l'existence d'une léproserie, tandis que les chapelles disparus de Saint-Nicolas et de Saint-Joseph étaient vraisemblablement les églises conventuelles de ces établissement secondaires.

Les vestiges de l'abbatiale demeurent les seuls témoins de l'époque de la fondation, conservés sans doute avec la vénération qui entoure les lieux consacrés, d'autant que les dépouilles de saint Raoul et de son compagnon Aubert y reposaient Les bâtiments conventuels ont sans doute été remis au goût du jour à plusieurs reprises. L'abbesse Guillemette de Taillis fait ainsi réédifier la porterie du monastère en 1423, tandis que Marguerite d'Angennes, abbesse de 1609 à 1662 entreprend la reconstruction du cloître et des bâtiments qui le bordent, dévastés par un incendie en 1556, et derechef en 1651. L'oeuvre de cette réformatrice sévère est encore visible pour partie : l'aile ouest du cloître, l'infirmerie et la partie est de la porterie avec le pavillon.

Eglise abbatiale

"En 1921, je la vis encore, bien que déjà ruinée depuis 1789, reconnaissable dans ses grandes lignes...Les dégâts se sont considérablement accentués depuis.

Il restait alors : le carré du transept - à peu près seule survivance actuelle avec quelques pans de mur - le croisillon sud complet et le mur est du croisillon nord avec son absidiole, le mur sud de la nef, remanié au XIIIe siècle, et la façade, également retouchée à cette époque. Le choeur avait une abside en hémicycle du même modèle que les absidioles des croisillons. Il comportait des colonnettes engagées dans des massifs quadrangulaires.

Dans l'angle nord du carré, entre choeur et abside, subsiste la tourelle de l'escalier à vis montant à un clocher de transept, probablement en charpente, dont les sommiers de bois reposaient sur des corbeaux de pierre encore visibles à la hauteur des chapiteaux des colonnes engagées aux quatre angles. Il y avait donc un plancher et non une voûte au dessus du carré.

Dom Anger, qui a publié une histoire de cette abbaye et édité son cartulaire, parle de l'incendie de 1556, qui détruisit ce clocher de charpente. Il avait déjà nécessité en 1229 un grosse réparation. L'abbesse passe en 1557 un marché pour la reconstruction du clocher de charpente, en forme de dôme quadrangulaire, qui devra dominer de 50 pieds.

Les quatre arcades en plein cintre du carré sont formées par une double archivolte de claveaux soigneusement appareillées de granit et se schistes alternés, ce qui produit un jeu de couleur analogue à celui de la chapelle du château de Vitré. Le rouleau interne retombe sur des colonnes engagées couronnées de chapiteaux à décoration simple : crossettes entre-croisées formant volutes aux angles, feuilles plates, dents de scie, billettes etc.

Les tailloirs son frustes (bande et biseau), sauf l'un d'eux où une série de billettes est surmontée d'une grecque. Les bases, usées par le temps, sont en forme de troncs de cône profilés de tores superposés.

Les croisillons étaient peu saillants et très larges ; à l'est de chacun d'eux une absidiole assez profonde était éclairée par trois fenêtres ébrasées et épaulées par des contreforts plats. A la base du mur de fond du croisillon se trouvait une porte en plein cintre communiquant avec une petite sale voûtée en berceau qui aurait été le lieu de sépulture des abbesses.

Au-dessus des absidioles le mur du croisillon était percé d'un oeil-de-boeuf. Le mur sud de la nef présentait deux gros contreforts non romans dont l'un porte la date 1617. La maçonnerie était un blocage de granit et schiste mélangés ; mais tous les arcs et les supports étaient en grand appareil. Le mur de la façade avait dû être remanié au XVIIe siècle.

La nef était sans collatéraux et d'une longueur réduite par rapport à celle du transept et du choeur, comme il convenait à une église conventuelle, où la place réservée aux fidèles hors de la clôture est peu importante.

Tout dénote, dans ce monument, la fin du XIIe siècle, en particulier la perfection technique de son appareil et l'harmonieuse simplicité de son ordonnance, auxquelles l'influence de Fontevrault, la maison-mère, peut bien, au surplus, n'avoir pas été étrangère."

Roger GRANDL'art roman en Bretagne. Editions A. et J. Picard et Cie, Paris, 1958, p. 452-453.

Ferme et métairies de l'abbaye [A.D. Ille-et-Vilaine, série 1Q 897]

La ferme du bourg et les métairies du Feuillet (le Fayet), de Landrot (Landrotte), de la Hamonais (la Hamonnais) et de Champie (Chantepie) sont décrites dans un document rédigé le 14 mai 1790 par Cuisnier, maire de Saint-Sulpice. Elles appartenaient à l'abbaye de Saint-Sulpice avant la Révolution.

La ferme du bourg est aussi décrite dans un procès-verbal d'estimation du 17 novembre 1790, où on la nomme "grande auberge de Saint-Sulpice", ce qui est vraisemblablement plus correct. En effet, elle se composait d'une cave, d'un salon, d'une cuisine, d'un cellier, de chambres et de cabinets, et d'un passage charretier fermé de chaque côté. La halle-grange, contenant deux pressoirs, est donnée comme une dépendance, tout comme le fournil-écurie-geôle à côté. L'importance de ses bâtiments et leur relative richesse, notamment la pierre des solins, témoigne des moyens mis en oeuvre par les propriétaires. Ces trois édifices sont toujours en place. L'auberge "A l'Ecu de France" a été remaniée, et les colombages sont cachés par un enduit épais. De même, la dépendance, de l'autre côté de la rue, a été modifiée pour êtretranformée en totalité en écurie, aux dépens du fournil et de la geôle. La situation en bourg et l'activité d'auberge justifiait sans doute le statut de ferme plutôt que celui de métairie, car les revenus en nature devaient être moindre.

Les métairies du Feuillet, de Landrot, de la Hamonais étaient situées à proximité de la route de Saint-Denis (vers la forêt), tandis que celle de Champie dépendait directement de l'abbaye toute proche. De nombreux traits évoqués dans le texte de 1790 les rapprochaient. Les matériaux d'abord : terre sur solin de pierre et couverture en ardoise pour le bâtiment principal, terre et couverture en paille pour le refuge à porcs. En ce qui concerne l'organisation, les bâtiments étaient bâtis autour d'une cour qu'ils fermaient sur deux côtés au moins. Toutes les métairies avaient au moins une étable et une grange comme dépendances. Par ailleurs, presque tous les logis avaient un grenier et les étables avaient un fenil. De plus, la façade du bâtiment principal était toujours à l'est ou au sud. Cette organisation se retrouvait dans la plupart des fermes de la région, même si les bâtiments semblaient ici plus vastes que la moyenne. Toutes les métairies étaient entourées de plusieurs jardins, de nombreux prés, de bois et futaies, de diverses landes, etc. On peut ajouter que chacune des métairies n'abritait apparemment qu'un seul ménage, c'est-à-dire six personnes en moyenne (voir le recensement de 1846).

En revanche, on peut noter que la métairie de la Hamonais était plus riche, car elle possèdait deux étables, une cave et surtout une chambre avec cheminée, au-dessus de la cave, surplombée d'un grenier, soit trois niveaux superposés. De plus, sa grange était construite en pierre, ce qui était fort rare dans la région. Celle de Landrot, à l'inverse, se rapprochait de la métairie simple et classique, avec une demeure, une pièce de décharge et une étable sous le même toit, avec un refuge à porcs en appentis et seulement une grange dans la cour. Dans la métairie du Feuillet, tout était dédoublé : deux pièces pour la maison principale, deux étables, deux refuges à porcs, et une vaste grange : on peut penser que deux familles vivaient là. Une autre particularité résidait dans la présence d'un étage de combles servant de grenier : il était rare de trouver trois niveaux dans une métairie, et ceci prouve une fois de plus la richesse de l'abbaye. Quant à Champie, sa particularité était de posséder une très longue grange (60 pieds, soit 20 mètres), plus longue que le bâtiment principale (demeure, pièce de décharge, étable) et surtout une écurie, dépendance rare dans les exploitations agricoles de la région, à cette époque ; ceci est aussi un signe de la richesse de l'abbaye à cette époque, cause et conséquence de la richesse de ses métairies.

Ces métairies ont généralement été remaniées au 19e siècle, en particulier les étables, adaptées aux évolutions de l'agriculture à cette époque (spécialisation, modernisation). Cela est visible dans la forme des ouvertures, dans l'utilisation de la brique autour de ces ouvertures, etc. Il en a été de même à notre époque, mais cela s'est fait sentir plutôt par la construction de dépendances agricoles modernes, sans modifications importantes des édifices anciens.

Erwan LE TEXIER.

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