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Cézembre noire - Hugo Buan
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Littérature - Actualité littéraire

Que se trame-t-il à Cézembre, cette île mystérieuse de la côte bretonne ? Petite terre, riche d’Histoire et, interdite aux touristes. Cette question, Berty, tueur à gages intérimaire, vieux rocker parisien, tourmenté et endetté jusqu’au cou, ne se la pose pas. Sa cible il devra l’atteindre coûte que coûte. « Il n’y a pas un chat sur ce foutu rocher en plein hiver ! » lui avait dit Kolo. « C’est du billard ! », lui affirma-t-il. En effet, il n’y avait presque personne sur les dix-huit hectares de l’île. Hormis deux agents de la C.I.A., cinq officiers de la Police Judiciaire, un ancien para de Diên Biên Phu, des séminaristes et une famille d’accueil particulièrement troublante. Devra-t-il tuer la douce Daphné ? Ou Hale le boiteux ? Plus sûrement un des flics ? À moins que ce ne soit un des agents américains ? Ou encore le mystérieux Noël ? Peut-être le PDG de cette famille en séminaire ? Ce qui est sûr, la photo de la victime apparaîtra sur l’écran de son portable. Et, là, il n’aura plus qu’à viser et tirer… Mais mon Dieu, que ce commissaire Workan l’ennuie.

Hugo Buan signe ici son deuxième roman après « Hortensias Blues » chez le même éditeur. Encore plus abouti, dans une intrigue où s’enchevêtrent les pistes, l’auteur laisse libre cours à son style débridé et si proche d’Audiard.

 

 

Franchement Berty aurait mieux fait de ne pas regarder la télé et Patrick Bruel jouer au poker. Car Berty se retrouve sans un rond et à bord d’une vieille caisse, il effectue le trajet Paris Saint-Malo sans vraiment savoir ce qu’il va faire au pays des binious. Si, il doit, afin de garnir son portefeuille désespérément vide à part quelques quittances de dettes, s’improviser tueur. C’est Kolo qui l’a décidé et quand Kolo commande, il vaut mieux obéir. Renseigné sur le parcours à effectuer par téléphone portable, crypté, il arrive donc dans la cité des corsaires, son look de rocker quinquagénaire à la banane défraîchie ne plaidant guère en sa faveur. Il embarque à bord d’un rafiot manœuvré par un ancien d’Indochine affublé d’une une prothèse, Hale-ta-patte. Le même jour à Rennes, le commissaire Workan réunit ses troupes sur l’injonction de son supérieur. Magouillant avec la DST, il est le policier idéal pour aller enquêter sur les agissements de deux Américains sur l’île de Cézembre. La mission des deux Etats-Uniens consiste théoriquement en l’étude de l’écosystème de l’île qui durant la Seconde guerre mondiale a subi des largages de bombes, dont des explosifs au napalm, alors que les Allemands y régnaient en maîtres. En compagnie de ses adjoints, Lerouyer qui possède une embarcation amarrée justement à Saint-Malo et connaît bien Cézembre, de Roberto, Leila et Cyndi, il part à l’assaut des éléments. Car la tempête fait rage en ce 8 novembre et les conditions ne sont guère favorables pour la traversée qui se révèle houleuse. D’ailleurs les deux embarcations s’échouent non loin l’une de l’autre et ils n’ont d’autre solution que de se réfugier au Barge’hôtel. Habituellement désert en cette période de l’année, le rafiot transformé en hôtel regorge de pensionnaires. Outre les tenanciers, Léon, le grand-père, Marie-Line la fille et Noël le petit-fils de 18 ans, ainsi qu’une famille d’industriels venus en séminaire, les Monsiret, composée de cinq personnes dont la fille, Daphnée. Ils se retrouvent tous bloqués sur ce lopin de terre et les moyens de communications sont défaillants. Les téléphones portables sont inopérants et Berty est le premier à regretter cette lacune : Kolo doit lui transmettre la photo de la personne à abattre et s’il ne réalise pas son contrat c’est lui qui va se retrouver au boulevard des allongés. La situation est grave mais pas désespérée, pensent-ils tous, sauf que Daphnée qui revient d’une petite promenade affirme avoir vu un Allemand, que des tirs de mitrailleuse se font entendre et qu’un Stuka survole l’île. Un son qui ne peut être confondu avec les rafales de vent. Les mines enfouies lors des bombardements d’Août 1944 ne sont pas toutes neutralisées, les canons se dressent toujours fièrement malgré la rouille, et les bunkers peuvent receler des pièges. Enfin l’ombre de Rommel plane sur ce morceau de terre ainsi que celle d’un nommé Ruhbescht, ancien de l’Africa Korps, décédé le 6 juin 1944 mais qui aurait enterré auparavant des diamants, en espérant peut-être qu’ils fassent des petits. Bref ce qui ne devait être pour chacun des pensionnaires qu’un week-end presque tranquille se transforme en enfer bordé d’eau.

Dans un style percutant et complètement déchaîné, je dirais même mieux démonté comme la mer de Raymond Devos, Hugo Buan nous invite à le suivre sur un terrain miné guère exploré. Nous sommes en Bretagne, loin des légendes celtiques et des menhirs. L’histoire emprunte à un décor réel et à l’histoire réelle elle aussi, avec soixante ans de recul, d’un épisode de la dernière guerre mondiale. Les touristes qui parcourent les côtes de la Manche ne peuvent guère y échapper, mais Hugo Buan nous mitonne une sorte de huis clos jubilatoire qui dure soixante douze heures. Trois jours durant lesquels les événements, les incidents, les tensions, les drames se succèdent en un véritable feu d’artifice angoissant et grotesque. Mais l’épilogue, même si le roman joue dans le registre des tontons flingueurs et autres farces cinématographiques, est néanmoins fort bien amené et vaut plus qu’un détour. La visite approfondie du livre s’impose, et les sceptiques pourront toujours consulter sur Internet “ Cézembre ”.

  Paul Maugendre

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