Magazine Culturel Breton      


Gilles de Bretagne étranglé - Le château du Guildo en Créhen
(1 vote, average 5.00 out of 5)
Patrimoine - Chateau

Le château du Guildo en Créhen (Côtes-d'Armor) où vécut Gilles de Bretagne après son mariage avec Françoise de Dinan et où il fut arrêté pour être emprisonné. Propriété du département, l'édifice datant des XIII e et XIV e siècles est actuellement l'objet de travaux d'aménagement des extérieurs à l'intiative de l'association des Amis du Vieux Château (Document Musée de Bretagne).
Triste destinée, que celle de Gilles de Bretagne. Non seulement, ce troisième fils de Jean V ne pourra jamais accéder au trône. Mais en plus, il mourra étranglé en 1450, à l'âge de 26 ans. Meurtre politique ? Non, simple vengeance d'un rival dans une histoire d'amour...

En ce mois de mars 1432, les relations sont au plus mal entre la France et l'Angleterre. Il y a moins d'un an que Jeanne d'Arc a été brûlée à Rouen. Néanmoins, voici qu'arrive à Londres un garçon de huit ans, caracolant sur un destrier luxueusement caparaçonné et suivi de 140 cavaliers.
Il sourit aux anges et son gracieux visage éclipse le personnage qui chevauche à son côté. Ce dernier n'est pourtant pas n'importe qui : il s'agit de l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit. L'enfant qu'il escorte est le troisième fils de son ami Jean V, duc de Bretagne, Monseigneur Gilles.
Que vient faire ici ce bambin en un tel apparat ? Prendre ses fonctions d'ambassadeur rien moins. Or donc on l'acclame. On l'accueille avec tous les égards dus à son rang.

Un gage d'amitié
envers Londres

Dix-huit tonneaux de muscadet, provenant des vignobles de la Sèvre nantaise, avaient précédé l'arrivée du petit prince. Le duc de Bretagne ne pouvait faire moins pour ce fils préféré, en faveur duquel il avait multiplié les vœux et les pèlerinages alors qu'il était dans le ventre de sa mère.
Au surplus, dans son berceau, l'enfant avait trouvé les terres d'Ingrandes et Chantocé enlevées à Gilles de Rais, confondu dans la mémoire collective avec le sinistre Barbe-Bleue. En fait, la mission dévolue à Londres au chérubin dépasse de loin son objet.
Elle se veut principalement comme le gage de l'amitié du duc de Bretagne pour les hôtes du palais de Wesminster, ce qui n'est pas rien non plus en ces temps troublés. Pour le reste, l'évêque de Nantes s'en chargera.
L'homme à qui est confiée l'éducation du jeune prince est l'un des plus représentatifs de la société anglaise, le comte de Warwick. Sa vaillance dans les tournois n'a d'égale que son élégance vestimentaire. Les Anglais lui savent gré, d'autre part, d'avoir mis tout son poids dans la balance lors du procès de Jeanne d'Arc.


Un cadeau royal

Certes, Jean V ne méconnaît pas les éminents états de service de Warwick, surtout pas sa contribution au jugement de la Pucelle d'Orléans; mais après tout, ce ne sont pas ses affaires. Au demeurant, son petit dernier n'est pas le seul enfant dans la maison du comte. Il y a aussi son cousin, de trois ans seulement plus âgé, Henri VI, le jeune roi d'Angleterre prétendant à la couronne de France. De sorte que sont réunies sous le même toit, deux têtes couronnées encore nimbées d'innocence, assurément plus occupées par les jeux que par les affaires de leur pays réciproque. Petits-fils l'un et l'autre de l'infortuné Charles VI, ils ont en commun la ressemblance physique, mais également le goût des arts. Au-delà, toutefois, des divertissements, une affection réciproque très forte les unit.
En la personne de l'enfant roi, Gilles a trouvé plus qu'un compagnon, un véritable frère. Dès lors, on comprend ses réticences lorsque, deux années plus tard, il doit regagner la Bretagne. Encore qu'il ne repart pas les mains vides. Une substantielle pension lui est allouée à valoir sur le Trésor britannique, de nature à apaiser son chagrin. Le cher ange appréhende son retour. Il pressent les difficultés de la cohabitation avec ses frères aînés. En revanche, dans la candeur de ses dix ans, ce qu'il ignore, c'est que le royal cadeau a une contrepartie : sa fidélité à la Couronne d'Angleterre.


La belle vie à Londres

Grande est son émotion, naturellement, quand le petit prince remet les pieds sur le sol armoricain. Cependant, son esprit est ailleurs. Car, à présent, la réalité, sur laquelle les ministres de son cousin tentaient vainement d'attirer son attention, s'impose à ses yeux : il n'est que le cadet de la famille régnante en Bretagne et n'accédera jamais au trône. En outre, il a la nostalgie de l'Angleterre. Inquiet de la morosité de son fils préféré, Jean V tente d'y remédier en le nommant gouverneur de Saint-Malo. Ainsi pourra-t-il garder le contact avec Westminster et Henri VI.
Les choses en sont là quand le duc de Bretagne décède ouvrannt la succession à son fils aîné, François. Gilles ressent une brûlure au cœur lors de son couronnement le 8 décembre 1442 en l'église Saint-Pierre de Rennes. Jalousie ? Pensant la faire taire, son frère le renvoie en Angleterre avec mission, cette fois, d'obtenir de son souverain la restitution du comté de Richemont confisqué jadis aux ducs de Bretagne.
Gilles accepte avec empressement et son cousin le reçoit à bras ouverts, promettant de faire droit à sa requête. En attendant, il croque à pleines dents les plaisirs que lui offre la vie de Londres et profite à plein des bienfaits qui lui sont accordés. Au point d'en oublier le pays qu'il représente et son devoir de réserve. Le rappel à l'ordre interviendra dès l'année suivante.
Irrité par les démonstrations d'amitié tapageuses du jeune étourdi à l'égard de la couronne d'Angleterre, le roi de France Charles VII prend les grands moyens. Il confisque ses biens et écrit à son frère François pour l'en informer. Offensé dans sa dignité, bien sûr le nouveau duc de Bretagne en prend ombrage, mais il prie son remuant cadet de rentrer immédiatement.


Il épouse Françoise
âgée de... 8 ans

De dépit, le malheureux Gilles se tourne alors vers une demoiselle que sa mère, Catherine de Rohan, soustrait aux convoitises des gentilshommes dans son manoir du comté de Penthièvre. Françoise n'a que huit ans mais qu'importe, c'est la dot qui compte. Elle passe pour l'une des plus riches héritières du duché. Le jeune prince se met donc en tête de l'épouser. Et pour ce faire décide de l'enlever, du moins à ce qu'en dit la légende. La vérité est que la maman a tout bonnement donné son accord.
Quoi qu'il en soit, la chose n'a pas l'heur de plaire à l'un des autres soupirants, en l'occurrence le bel Arthur de Montauban. Dès lors, celui-ci ne cessera d'œuvrer à la perte de son rival. En cela, il trouvera du reste le soutien actif de son ami le duc de Bretagne, lequel, las des marques excessives de sympathie de Gilles pour le pays qui a dressé le bûcher de Jeanne d'Arc, décide de le jeter en prison.


Une mort programmée

Du château du Guildo dominant l'embouchure de l'Arguenon où il coulait des jours insoucieux, sinon avec sa belle du moins avec les filles partageant sa couche, voilà donc Gilles de Bretagne enfermé dans un cachot de la Hardouinaie à Saint-Launeuc, après de brefs séjours à Châteaubriant, Le Bignon puis Moncontour. Le bel Arthur jubile. Enfin le prince est à sa merci. Il décrète son arrêt de mort; de la veuve, il fera son affaire. Son maître d'hôtel apporte trois sachets de poudre pour l'exécution des hautes œuvres. Un chien et un poulet tombent raides morts après en avoir absorbé. Le seigneur de Plélan, Jehan de la Chaize, entre alors dans la cellule, les bras chargés d'une soupe de viande. Affamé, le condamné se jette sur le potage contenant le poison. Il en est quitte pour des vomissements dans la nuit. Qu'à cela ne tienne ! La porte de la geôle s'ouvre à nouveau dans la nuit du 24 avril 1450. Quatre gaillards se précipitent sur Gilles et tentent de l'étrangler. L'un d'eux est assommé avec un morceau de bois. Les trois autres saisissent un matelas et en recouvrent le malheureux qui meurt étouffé. Puis ils s'en vont giboyer en forêt.


Une tombe
dans la chapelle de Boquen

Informé du meurtre, le supérieur de l'abbaye cistercienne de Boquen donne des instructions pour que le corps soit inhumé au pied du maître-autel de la chapelle.
Sur la tombe est apposée une sculpture de bois à l'effigie du défunt. Françoise ne le pleura pas longtemps. Elle épousa le sémillant Guy de Laval, déjà père de neuf enfants dont cinq étaient plus âgés qu'elle.



Claude Périd

Hits
Rétrolien(0)
Commentaires (0)Add Comment
Ecrivez un commentaire
 
 
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur
 

security image
Entrez les caractères affichés


busy
 

Actuellement sur ArtOuest

Nous avons 168 invités en ligne
Annonces de Locations de Vacances en BretagneGuide du Tourisme en Bretagne
Copyright © 1999 - 2017 ArtOuest. Site Web Breton par les Editions BonjourChezVous 
Guides Bretagne : Annuaire | Location Vacances | Tourisme   Portail de la culture par le ministere de la culture et de la communication   RSS 2.0