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Belle Ile en Mer, La plus grande terre insulaire de Bretagne
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Tourisme - Morbihan

 Belle-Ile-en-Mer est située dans l'Atlantique, appartenant géographiquement et administrativement au département du Morbihan arrondissement de Vannes. L'île est la terre insulaire la plus importante de toute la Bretagne et de la France, la Corse exceptée. Les Grands Sables offrent une plage d'au moins douze cents mètres (commune de Locmaria) ; Port-Phillippe, dans la commune de Sauzon, et le Port du Palais, dans la ville du même nom, sont les baies les plus vastes. La dernière est protégée par une citadelle, ouvrage de Vauban, et tout un système de fortifications rendrait bien difficile, sinon impossible, la prise de Belle-Ile.




Belle-Ile n'est pas nommée explicitement par les auteurs romains, bien que, sans conteste, les légions de Rome aient dû y descendre. Leur occupation toutefois, n'a pas laissé de traces considérables. Il n'en est pas ainsi des Celtes ou du peuple constructeur des monuments mégalithiques, dont le séjour se prouve par des tombelles, des retranchements, des dolmens et des menhirs renversés. Sauzon, plus favorisé, a conservé deux belles pierres levées en schiste, et, par conséquent empruntées au sol même de l'île ; les autres ont dû être importées du continent, car elles sont en granit.

Les Northmen ne manquèrent pas de ravager Belle-Ile à plusieurs reprises, et il va sans dire que d'autres pirates, surtout des Anglais, imitèrent souvent les hommes du Nord. Le premier acte qui fasse mention de l'île, la nomme Guedel : c'est une charte du duc Geoffroi Ier, lequel, après avoir réuni la Bretagne entière sous son autorité, fait présent de Belle-Ile aux moines de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon (992). Plus tard, Alain III, fils de Geoffroi, ravi de voir son frère Catuallon élu abbé de Saint-Sauveur, confirme à la maison le don de son père. Mais Alain Caignard, comte de Cornouailles, réclama Belle-Ile, en soutenant que son oncle Geoffroi n'avait pas eu le droit de l'en dépouiller pendant qu'il était mineur. Comme peu à près, disent les historiens, le comte de Cornouailles rendit à son cousin, Alain III, le service de lui faire épouser Berthe, fille d'Odon, comte de Chartres (1027), les choses s'arrangèrent.


L'île revint à son seigneur légitime, qui la donna à l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (1029). Ce fut l'origine d'une interminable querelle entre les deux monastères. Il ne fallut pas moins de cent quarante-trois ans, la médiation des ducs, enfin celle du pape, pour trancher le débat. L'an 1172 vit l'abbaye de Sainte-Croix déclarée définitivement propriétaire. Afin de protéger leur nouveau fief, les abbés de Quimperlé firent bâtir un château, lequel, en 1560, fut agrandi et rendu plus fort : on s'y prit, il est vrai, d'une manière bizarre. Le château d'Auray dut être démoli, et ses débris fournirent les matériaux nécessaires. Par les mêmes ordonnances, la vente d'une partie de la forêt de Lanvaux, commune de Grandchamp, près d'Auray, aida aux dépenses.

Toutefois les moines, seigneurs de l'île, n'estimaient pas que leur sûreté fût assez grande. Profitant de ces craintes, le maréchal de Retz offrit l'échange de Belle-Ile contre une résidence sur la terre ferme (1572). Charles IX approuva la convention. Peu après (1573), une grande calamité fondit sur les habitants. Le comte de Montgomery, amiral de la flotte anglaise, envoyé par la reine Élisabeth au secours de la Rochelle, s'empara du Palais, bourg principal, et bientôt de l'île entière. L'occupation dura peu, un mois au plus ; mais elle prouva au roi de France combien la position était importante, Aussi Charles IX obligea-t-il l'abbaye de Quimperlé à tenir la convention faite avec le maréchal de Retz. Ce dernier reçut confirmation de la propriété de Belle-Ile et la défense lui en fut confiée. Charles couronna ses faveurs en érigeant l'île en marquisat.

Un descendant de Retz, Paul de Gondi, le fameux frondeur, coadjuteur de l'archevêque de Paris, vint se réfugier à Belle-Ile après sa fuite du château de Nantes. De là il se retira en Espagne. Ce même Gondi, devenu cardinal de Retz, consentit à vendre Belle-Ile au surintendant Fouquet pour environ quatorze cent mille livres, monnaie du temps. Fouquet acheva ce que son prédécesseur avait commencé, c'est à dire l'agrandissement des fortifications du Palais.


Ce n'était pas assez et les Hollandais le firent bien voir. En 1664, une flotte commandée par le célèbre amiral Tromp vint mouiller aux Grands-Sables (commune de Locmaria). Vainement, il est vrai, le gouverneur fut sommé de se rendre. Tromp ne réussit pas à l'intimider ; mais pendant plusieurs jours, Belle-Ile, ravagée, vit brûler ses hameaux, massacrer ses habitants et détruire ses navires. On parla beaucoup alors de fortifications nouvelles. Toutefois ce fut seulement en 1687 que Vauban reçut ordre de mettre l'île en un état de défense capable de résister à d'autres attaques. Cinq ans après, la citadelle était achevée, les fortifications et la magnifique aiguade de Port-Larron construites.


La ville, jusqu'alors divisée en haute et basse Boulogne, se trouva heureusement modifiée, mais ne put songer à se développer davantage. La disgrâce de Fouquet n'avait pas été absolument complète, en ce sens que Louis XIV ne lui enleva pas tous ses fiefs. Sa famille conserva Belle-Ile pendant soixante ans, et ce fut son petit-fils, le maréchal de Belle-Ile, qui accepta un échange avantageux avec la couronne (1719). Quarante ans plus tard (1759), la jouissance des revenus de Belle-Ile passait à la province de Bretagne, jouissance qui fut bientôt troublée : le 7 juin 1761, l'amiral Keppel et le général Hodgson faisaient passer l'île sous le joug anglais.

Le Chevalier de Sainte-Croix avait intrépidement défendu la place confiée à sa bravoure, et quand, forcé de la rendre, il dut capituler, ce fut avec tous les honneurs de la guerre. On trouve dans la relation du siège un épisode original. Apprenant que plusieurs dames anglaises étaient sur la flotte, curieuses d'assister aux opérations de la prise d'une ville, Sainte-Croix envoya prévenir Keppel que « si les charmantes ladies, qu'il avait à bord, et qui lorgnaient la place, désiraient voir celle-ci de plus près, elles pouvaient, sans risque aucun, se faire conduire à terre ; qu'il ferait de son mieux pour les amuser, et qu'il leur donnerait même le bal ». Cette courtoisie ne fut pas acceptée et le chevalier aussi galant que brave dut céder à la force. Deux ans durant, l'Angleterre resta maîtresse de sa conquête. Depuis lors (1763), Belle-Ile n'a pas subi de nouvelle invasion.


Jadis l'île ne comptait qu'une seule commune, Le Palais, dont dépendaient les trois bourgs de Sauzon, de Bangor et de Locmaria. Le Palais est devenu une véritable petite ville, fort bien à l'extrémité d'une jolie vallée aboutissant à la mer. Elle se déploie sur la rive droite de son bassin profond et fait escalader à ses rues la croupe d'une colline escarpée. Les fortifications de Vauban l'enserrent. Une superbe porte peut fermer l'accès de la campagne. Une citadelle, bâtie sur la crête des rocs dominant la côte et le port, plane à une immense hauteur au-dessus de l'Océan. ( D'après « Le littoral de la France », paru en 1892 )
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